Concours de nouvelles 2017

 

 

 

 

La 71ème Dimension lance son second concours de nouvelles :

 

de la torsion d'une cheville dans les escaliers au déclin d'une civilisation galactique, il n'y a qu'un pas.

cette année, le thème est " la chute ".

Le texte doit tourner autour de l'imaginaire ( science-fiction, fantastique, fantasy,...).

Tout le monde peut participer, même si tu n'as jamais écrit, lance-toi.

Tu as jusqu'au 15 mars 2017 pour rendre ton texte.

 

 

 

Fiche d'inscription et règlement ci-dessous :

 

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Résultats édition 2016

Les résultats des concours de nouvelles 2016 organisés par l’association La 71ème Dimension  ont été dévoilés le 26 juin 2016 à l’issue des 2èmes Rencontres de l’imaginaire, à Cuisery, Saône-et-Loire.

 

Pour la première édition de ces concours, 81 nouvelles ont été reçues, en provenance de diverses régions de France métropolitaine, mais aussi de Nouvelle-Calédonie, de Belgique, du Brésil, du Canada, de Corée du Sud et d’Iran !

 

Dans la catégorie moins de 18 ans, la nouvelle primée est :

 

 

Captivité   (Alyssia Ertijckx, 71).

 

 

Dans la catégorie plus de 18 ans, 8 nouvelles ont été nominées (par ordre alphabétique d’auteur) :

 

 

Myodésopsie  (Yvan Barbedette, 92)

 

Démolition  (Edwige, 77)

 

La meilleure amie de l’Homme  (Mélody Gervais, 69)

 

Rencontre du troisième âge  (Laurent Gonzalès, 91)

 

Fourbe porte  (Éric Morlevat, 69)

 

Entre-deux  (Nathalia Roudavitch, 86)

 

Un petit pas pour l’homme   (Jean-Marc Sire, 10)

 

La déontologie des portes  (Jean-Louis Trudel, Canada)

 

 

Les 3 nouvelles primées sont :

 

 

Premiers ex-aequo :

 

Entre-deux  de Nathalia Roudavitch et Un petit pas pour l’homme  de Jean-Marc Sire.

 

 

Troisième :

 

Fourbe porte  de Éric Morlevat.

 

 

Trois auteur(e)s ont reçu leur prix et leur diplôme sur place. Nathalia Roudavitch recevra les siens par voie postale.

 

Un très grand merci à tous les auteurs !

 

Et félicitations aux lauréats !

 

Ci-dessous les 4 textes primés :

 

 

Captivité

 

 

Trois jours que je suis assis là.

 

Trois jours que j’observe l’acier tordu et témoin de nombreuses années.

 

Trois jours que tous les soirs une trappe me nourrit à la manière d’une mère oiseau.

 

Trois jours que le bruit résonne autour de moi et en moi.

 

Le métal me regarde.

 

Un face à face froid silencieux et hostile.

 

Il se moque de moi, c’est que lui est libre.

 

Lorsque les souvenir reviennent, je pose mon front sur la surface glaciale.

 

Je passe mes doigts sur ses cicatrices, j’imagine la peau délicate et fruitée d’une femme.

 

Puis mon regard revient sur la matière et à nouveau mes yeux coulent sur mes joues.

 

Je ne la reverrai jamais.

 

Sous mes doigts le froid revient, si dur.

 

Je reste là, à croupir. Personne ne vient. Si seul.

 

Je heurte ma tête contre ma chère gardienne. Je ne sens plus rien, mon front frappe plus fort. Plus fort. Le gris devient rouge. Enfin un peu de couleur !

 

Je m’arrête.

 

Je tremble, si rouge. Je passe mes doigts dans la trainée et d’un tracé léger je crée un cercle sur ma maîtresse. Cette putain qui joue avec moi. Qui reste de glace devant ma douleur et qui semble si douce et lisse du côté de mes bourreaux. Celle que je ne peux pas acheter, qui est incorruptible et toujours fidèle à son devoir.

 

Je te hais !

 

Beaucoup avant moi ont dû te haïr pour t’abimer autant.

 

De l’autre côté tu dois être si belle et soignée.

 

Tu es comme moi : pourrie de l’intérieur.

 

Je dois avoir perdu la raison depuis longtemps pour te parler ainsi.

 

 

 

Mais la folie est admise lorsque sa liberté se résume à une porte fermée.

 

 

 

Alyssia Ertrijckx, Geek junior n° 1, 2016

 

 

 

Un petit pas pour l'homme…

 

 

 

            — Ce que je cherche, c’est juste une porte. J’ai pas besoin d’un machin avec de l’électronique dedans, surtout pour des W.C.

 

            — Maintenant tous les modèles sont comme ça, monsieur Brodmann. C’est le progrès !

 

            Léon regardait d'un air sceptique la porte présentée par le vendeur. Et le visage qui occupait l’écran incrusté dans le panneau en bois regardait Léon.

 

            — Il n’y a même pas de poignée, ni de loquet.

 

            — Tout est à commande vocale, je vais vous montrer. Vous vous placez en face de cette mini caméra pour que l’IA prenne conscience de votre présence et vous dites : « ouverture ».

 

            — Et « s’il te plaît », c’est pour les chiens ? demanda une voix métallique en provenance de l’écran. Je vous jure, pas plus malpoli qu’un vendeur de portes.

 

            — Effectivement, commenta Léon, on est en plein progrès.

 

            Le visage du vendeur vira au rouge vif.

 

            — On va recommencer : « Ouverture, s’il te plaît ».

 

            Un long silence d’une dizaine de secondes s’imposa, avant qu’un léger déclic ne se fasse entendre. La porte s’entrouvrit et le vendeur put la faire pivoter en grand.

 

            — Faut pas être pressé, soupira Léon. Mais pourquoi il y a un écran de l’autre côté ?

 

            — Il faut bien que vous puissiez ouvrir une fois à l’intérieur.

 

            — C’est d’un pratique. Et il va faire quoi pendant que je suis assis sur le trône ? Il va rester comme ça avec sa tête d’abruti à me regarder ?

 

            — Ce n’est pas réellement une personne, monsieur Brodmann. C’est uniquement une représentation virtuelle pour personnaliser notre interface.

 

            — Qui a une tête d’abruti ? questionna l’IA.

 

-o-

 

            Léon se recula de quelques pas pour se tenir à côté de sa femme et observer avec fierté son installation.

 

            — Alors, qu'est-ce que t'en penses ?

 

            — On dirait un rideau de douche…

 

            — C'est un rideau de douche. Mais crois-moi, parfois il faut savoir faire simple.

 

 

 

Jean-Marc Sire, Geek n° 1 ex-aequo, 2016

 

 

 

ENTRE-DEUX

 

 

 

Celui-là, depuis le temps qu’il me file sans vergogne des coups de pied et de canne dans le bas des deux vantaux pour se défouler, je suis bien contente de m’être enfin vengée sur ses doigts ! Ça lui a fait un mal de chien lorsque j’ai décidé de ne pas desserrer tout de suite mes mâchoires. Je l’ai laissé gueuler un peu, ce vieux débris. Ça m’a fait un bien fou.

 


Lorsqu’elle est entrée de son pas léger perché sur du 12, elle s’est exclamée d’un ton goguenard : « Et cette fois-ci, tu vas choisir quel étage pour t’ouvrir, petite rigolote ? » Je l’ai gardée prisonnière le temps qu’elle me parfume. Il faut dire qu’elle sent toujours bon, la belle. Mais, comme je déteste qu’on ait plus d’humour que moi, je me suis ouverte entre le 11ème et le 12ème, rien que pour le plaisir de voir la moue de sa jolie bouche carmin.

 


Les p’tits amours… Dès qu’ils m’ont franchie, j’ai décidé que rien n’allait se passer comme chacun d'eux l'avait imaginé. Plusieurs fois que je me referme sur eux. Mais soit l’un entre sans l’autre, soit ils ont de la compagnie. Là, l’occasion est trop belle ; je les tiens !

 


Bon, j’en ai peut-être trop fait. Mais comment aurais-je pu deviner que la petite biche était claustro ? Comment me douter un instant qu’il allait plaquer aussi rapidement ses lèvres sur sa bouche, même si, dans le fond, c’était mon dessein premier ? Il l’a rassurée en lui disant qu’il était pompier ! Ça m’a fait marrer, ce qui a grillé mes fusibles. Malgré toutes mes tentatives pour m’ouvrir, mes efforts furent vains. Ce sont ses potes, lorsqu’ils ont enfin déboulé, qui ont réussi à m’écarter au pied-de-biche.

 


En fin de compte, la mignonne n’est pas tombée que dans les pommes, mais aussi dans ses bras. À chaque chose, malheur est bon.

 

*

 


Un jour, j’ai appris par hasard – et par la concierge – qu’ils ont eu un bébé. Ils l’ont prénommé Otis. On se demande bien pourquoi.

 

 

 

Nathalia Roudavitch, Geek n° 1 ex-aequo, 2016

 

 

 

Fourbe Porte

 

 

 

Après les terribles souffrances du trépas, j’ai accueilli à bras ouverts l’étreinte ouatée de l’oubli. Ma conscience se dissolvait ; j’étais heureux de lâcher prise…

 

Puis j’ai aperçu la porte, au loin. Celle que décrivent les rescapés de la mort imminente : une ouverture dans les ténèbres par laquelle se déversait une aveuglante clarté. Et derrière elle, la présence familière de tous les êtres chers partis avant moi ; j’entendais presque leurs voix.

 

Alors j’ai franchi la porte. Et je me suis retrouvé sur Terre.

 

Pas réincarné, notez bien ; toujours mort. Mais intangible, invisible aux vivants. Un fantôme, quoi. Tous ceux qui passent la porte deviennent des fantômes. C’est bien ça le problème.

 

J’ai lu quelque part que pour chaque humain en vie aujourd’hui, vingt autres sont morts depuis l’aube des temps. C’est sans doute vrai : la plupart des gens que je croise sont décédés. Hommes des cavernes, Romains portant toges et sandales, preux chevaliers en armures plus ou moins trouées… Ils sont tous là !

 

C’est sympa, au début : on retrouve des parents, on rencontre de grands noms de l’Histoire… Et puis on se lasse. Condamnés au rôle de spectateur, incapables de toucher ou de sentir, nous n’existons plus qu’au travers des dialogues échangés avec d’autres défunts. Alors on parle, 24 heures sur 24, même si on ne supporte plus personne, même si on ne rêve que de silence.

 

Mais le pire reste à venir, car le nombre de vivants augmentant chaque année, celui des morts croît de façon exponentielle. Déjà, il n’est plus rare de trouver des troupes de spectres en Antarctique ou au fin fond du Sahara. Bientôt, la Terre grouillera de fantômes compressés les uns contre les autres, épaule contre épaule, criant, maugréant ou bavardant dans une indicible cacophonie.

 

Alors je vous en conjure : à votre mort, fuyez la lumière, résistez-lui. Mais par pitié, ne passez pas la porte !

 

 

Éric Morlevat, Geek n° 3, 2016